António Guterres (Secrétaire général de l'ONU) à la 80e séance plénière - Assemblée générale, 79e session
Monsieur le Président,
Mesdames les représentantes, Messieurs les représentants,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Il y a vingt ans, au Sommet mondial de 2005, les responsables politiques sesont engagés à protéger les populations contre le génocide, les crimes deguerre, le nettoyage ethnique et les crimes contre l'humanité.
Ce faisant, ils ont convenu que la souveraineté s'accompagnait non seulementde droits, mais également de responsabilités – à commencer par le devoir qu'a chaqueÉtat de protéger son propre peuple.
Ils ont souligné que la communauté internationale avait le devoir desoutenir les États dans cette démarche et insisté sur la nécessité de mener entemps voulu une action collective résolue, conformément à la Charte des NationsUnies, lorsque les autorités nationales n'y parviennent manifestement pas.
Aujourd'hui, nous marquons le 20e anniversaire de la Responsabilitéde protéger à un moment où le monde est dans la tourmente.
Le nombre de conflits armés auxquels nous assistons est le plus élevéenregistré depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Ces conflits se caractérisent par une montée de la violence identitaire, desviolations généralisées du droit international humanitaire et du droitinternational des droits humains, et une impunité grandissante.
Les conflits sont de plus en plus longs, complexes et interconnectés.
Les menaces émergentes, telles que la militarisation des nouvellestechnologies et la prolifération des armements de pointe, exigent que nous nousadaptions constamment afin d'empêcher que des atrocités criminelles soientcommises et de protéger les populations.
De plus, les alertes rapides restent trop souvent lettre morte et lespreuves avancées à l'appui de crimes commis par des acteurs étatiques et nonétatiques font l'objet d'un déni, d'indifférence, voire sont réprimées.
Les réponses sont souvent trop faibles, trop tardives, incohérentes ouminées par l'application d'un système du deux poids, deux mesures. Ce sont doncles civils qui paient le plus lourd tribut.
Une défense crédible de la paix et de la sécurité, du développement et desdroits humains passe par le respect de la Charte des Nations Unies.
À l'occasion de cet anniversaire, nous devons prendre conscience que la Responsabilitéde protéger n'est pas uniquement un principe : c'est un impératif moral,ancré dans notre humanité commune et dans la Charte des Nations Unies.
Excellences,
C'est dans cet esprit que je présente aujourd'hui le dix-septième rapportdu Secrétaire général sur la Responsabilité de protéger.
Ce rapport rend compte de deux décennies d'efforts, préconise la revitalisationde l'action menée et présente les résultats des enquêtes qui ont permis de l'établir.
Nous avons constaté que ce principe bénéficiait d'un large soutien parmiles États Membres.
Les communautés touchées par la violence y voient une lueur d'espoir, mais réclamentune mise en œuvre efficace à tous les niveaux.
Le rapport met en lumière les effortsfaits dans le cadre de mécanismes nationaux de prévention ou sous un leadershiprégional – sous l'égide de l'Union africaine, de l'ASEAN, de l'OSCE ou de l'Organisationdes États américains et dans le cadre d'initiatives multilatérales telles quele Groupe des Amis de la Responsabilité deprotéger, le code de conduite du Groupe Responsabilité, cohérence ettransparence, et l'appel à la limitation du droit de veto en cas d'atrocités demasse.
Le rapport montre que la diplomatie préventive, l'alerte rapide et lesvoies institutionnelles innovantes visant à prévenir et combattre les atrocitéscriminelles peuvent être efficaces.
Il souligne également la nécessité d'intégrer la prévention des atrocitésdans l'ensemble du système des Nations Unies – de l'action humanitaire aumaintien de la paix en passant par les droits humains.
Enfin, il préconise l'intégration des systèmes d'alerte rapide, lerenforcement des mécanismes nationaux de prévention et la prise en compte de laprévention des atrocités criminelles dans les activités plus généralesconcernant la pérennisation de la paix, la défense des droits humains et le Programme2030.
Excellences,
Aucune société n'est à l'abri du risque de crimes d'atrocité.
La prévention doit commencer chez soi – par un leadership qui protège lesdroits, valorise la diversité et respecte l'État de droit.
Elle doit également être soutenue à l'échelle mondiale – grâce à lacoopération multilatérale, à une diplomatie fondée sur des principes, et uneaction rapide et décisive pour protéger efficacement les populations.
Vingt ans après, la Responsabilité de protéger demeure une nécessitéurgente, un impératif moral et une promesse non tenue.
Tenons cette promesse. Approfondissons notre engagement. Renforçons notrecoopération. Et faisons de la prévention des atrocités et de la protection despopulations une pratique permanente et universelle.
Allons de l'avant avec détermination, dans l'unité, et avec le courage d'agir.
Je vous remercie.