Un moment d'opportunité : Discours spécial sur l'action climatique du Secrétaire général des Nations unies António Guterres
Monsieur le Président, Excellences,
Je tiens à remercier le Vice-Premier Ministre et Ministre des affairesétrangères Ishaq Dar et le Pakistan d'avoir organisé le débat public de cejour.
Le thème de ce débat met en lumière le lien évident qui existe entre lapaix internationale et le multilatéralisme.
Il y a 80 ans, l'Organisation des Nations Unies a été fondée dans le but premierde préserver l'humanité du fléau de la guerre.
Les architectes de la Charte des Nations Unies ont considéré que lerèglement pacifique des différends était la seule issue possible lorsque lestensions géopolitiques s'intensifiaient, lorsque des différends non résolusattisaient les conflits et lorsque les États perdaient confiance les uns dansles autres.
La Charte renferme un certain nombre d'outils majeurs destinés à forger lapaix.
Son Article 2.3 est clair :
« Les Membres de l'Organisation règlent leurs différendsinternationaux par des moyens pacifiques, de telle manière que la paix et lasécurité internationales ainsi que la justice ne soient pas mises en danger ».
Son Chapitre VI est tout aussi clair en ce qui concerne les responsabilitésconfiées au Conseil de sécurité, qui doit contribuer à assurer le règlementpacifique des différends « par voie de négociation, d'enquête, demédiation, de conciliation, d'arbitrage, de règlement judiciaire, de recoursaux organismes ou accords régionaux, ou par d'autres moyens pacifiques »du choix des parties.
La mesure 16 du Pacte pour l'avenir appelle les États Membres à démontrerleur attachement à la diplomatie préventive et au règlement pacifique desdifférends en recourant davantage à tous les mécanismes existants en la matière.
Je félicite le Pakistan d'avoir mis à profit sa présidence pour présenterune résolution exhortant tous les États Membres à utiliser pleinement lesoutils en question dans le cadre de notre quête collective de la paix dans lemonde.
Nous en avons besoin plus que jamais.
Partout dans le monde, nous observons un mépris total pour le droitinternational – voire des violations pures et simples de ce droit,notamment du droit international des droits humains, du droit international desréfugiés, du droit international humanitaire et de la Charte des Nations Unieselle-même –, sans que la responsabilité de quiconque ne soit engagée.
Ces manquements aux obligations internationales surviennent à un moment oùles divisions et les conflits géopolitiques s'aggravent.
Et le coût – en vies humaines, en communautés brisées et en avenirs perdus– est accablant.
Il suffit de regarder l'horreur qui se déroule à Gaza, avec un niveau de mortet de destruction sans équivalent dans l'histoire récente.
La malnutrition explose. La faminefrappe à toutes les portes.
Et maintenant, nous assistons à l'agonie d'un système humanitaire fondé surdes principes humanitaires.
Ce système se voit refuser les conditions nécessaires à sonfonctionnement. On lui refuse l'espacenécessaire pour agir. On lui refuse lasécurité nécessaire pour sauver des vies.
Alors que les opérations militaires israéliennes s'intensifient et que denouveaux ordres de déplacement sont émis à Deir al-Balah, la dévastation s'ajouteà la dévastation.
Je suis consterné que des locaux de l'ONU aient été touchés, notamment ceuxdu Bureau des Nations Unies pour les services d'appui aux projets et del'Organisation mondiale de la Santé, y compris son entrepôt principal.
Ceci alors que toutes les parties ont été informées de l'emplacement de cesinstallations de l'ONU.
Ces locaux sont inviolables et doivent être protégés par le droitinternational humanitaire, sans exception.
De Gaza à l'Ukraine, du Sahel au Soudan, de Haïti au Myanmar, et dans biend'autres régions du monde, les conflits font rage, le droit international estbafoué, et la faim et les déplacements atteignent des niveaux record.
Et le terrorisme, l'extrémisme violent et la criminalité transnationalerestent des fléaux tenaces qui rendent la sécurité encore plus inaccessible.
La diplomatie ne permet pas toujours de prévenir les conflits, la violenceet l'instabilité.
Mais elle a toujours le pouvoir de les arrêter.
Monsieur le Président,
La paix est un choix.
Et le monde attend du Conseil de sécurité de l'Organisationqu'il aide les pays à faire ce choix.
Ce Conseil est au cœur de l'architecture mondiale pour la paix et lasécurité.
Sa création reposait sur une vérité fondamentale.
La rivalité entre les États est une réalité géopolitique.
Mais la coopération – ancrée dans des intérêts partagés et le biencommun – représente la voie durable vers la paix.
Nous observons trop fréquemment que les divisions, les positions tranchéeset la surenchère verbale bloquent la mise en place de solutions et sape l'efficacitéde ce Conseil.
Mais nous avons également observé des exemples admirables de cas où il aété possible de trouver un terrain d'entente et des solutions aux problèmesmondiaux.
Ainsi, nous marquons aujourd'hui le troisième anniversaire de la signaturede l'Initiative de la mer Noire et du mémorandum d'accord avec la Fédération deRussie – des mesures qui montrent ce que nous pouvons accomplir grâce à lamédiation et aux bons offices de l'ONU, y compris dans les moments les plusdifficiles.
Et plus récemment, nous avons été témoins de bien d'autres exemples.
De la Conférence de Séville sur le financement du développement à laConférence de Nice sur l'océan, en passant par l'Accord sur la diversitébiologique marine des zones ne relevant pas de la juridiction nationale, laConvention sur la cybercriminalité et le Pacte pour l'avenir, adopté l'annéedernière.
Le Pacte, en particulier, témoigne d'une claire volonté du monde de s'engagerde nouveau à renforcer le système de sécurité collective des Nations Unies.
Inspiré du Nouvel Agenda pour la paix, il donne la priorité à la diplomatiepréventive et à la médiation, autant de domaines dans lesquels le Conseil peutjouer un rôle essentiel.
En ce qui concerne le thème du débat qui nous réunit aujourd'hui, il y aselon moi trois domaines dans lesquels nous pouvons nous montrer à la hauteurde l'appel, contenu dans le Pacte, à renouveler notre engagement – et laconfiance du monde – envers l'architecture multilatérale dont nousdisposons pour régler les problèmes.
Premièrement, les membres de ce Conseil, en particulier les membrespermanents, doivent continuer à s'efforcer de surmonter les dissensions.
La majorité des situations inscrites à l'ordre du jour du Conseil desécurité sont complexes et ne se prêtent pas à des solutions rapides.
Mais même dans les jours les plus sombres de la guerre froide, le dialogueet la prise de décision collective au sein de ce Conseil ont permis demaintenir un système de la sécurité mondiale commun et efficace.
Un système qui a déployé avec succès toute une série de missions demaintien de la paix.
Un système qui a ouvert la voie à l'acheminement d'une aide humanitairevitale aux personnes dans le besoin.
Et un système qui a permis d'éviter une troisième guerre mondiale.
Je vous exhorte à adopter le même état d'esprit en maintenant lacommunication, en continuant d'écouter de bonne foi, en vous employant àsurmonter les divergences et à rechercher le consensus.
Nous devons également veiller à ce que ce Conseil soit à l'image du monded'aujourd'hui, et non de celui d'il y a 80 ans.
Ce Conseil devrait être plus représentatif desréalités géopolitiques actuelles.
Et nous devons continuer de perfectionner sesméthodes de travail afin de le rendre plus inclusif, plus transparent, plusefficace, et plus responsable.
Je vous demande instamment de continuerd'œuvrer à la recherche du consensus pour faire avancer les négociationsintergouvernementales.
Deuxièmement, ce Conseil doit continuer de renforcer lacoopération avec les partenaires régionaux et sous-régionaux.
L'adoption historique de la résolution 2719 du Conseil de sécurité, visantà financer les opérations d'appui à la paix menées par l'Union africaine aumoyen de contributions statutaires, est un bon exemple de la manière dont nouspouvons unir nos forces à celles des organisations régionales pour favoriser lamise en place de mesures plus efficaces.
Je salue également les mesures prises par ce Conseil pour renforcer etrebâtir les cadres de sécurité régionaux afin d'encourager le dialogue et defavoriser le règlement pacifique des différends.
Troisièmement, les États Membres doivent honorerleurs obligations en vertu du droit international, y compris la Charte desNations Unies, le droit international des droits humains et le droitinternational humanitaire.
Le Pacte pour l'avenir appelle tous les ÉtatsMembres à respecter leurs engagements envers la Charte, ainsi que les principesde respect de la souveraineté, de l'intégrité territoriale et de l'indépendancepolitique des États.
Tous ces principes sont ancrés dans le droitinternational et reposent sur l'engagement de donner la priorité à laprévention des conflits et au règlement pacifique des différends par ledialogue et la diplomatie.
Le Pacte reconnaît également la contributionessentielle de la Cour internationale de Justice, qui fêtera son 80èmeanniversaire l'année prochaine.
Monsieur le Président,
À l'occasion du 80ème anniversaire de notre Organisation et dela Charte qui lui a donné vie et forme, nous devons renouveler notre engagementenvers l'esprit multilatéral de la paix par la diplomatie.
Je me réjouis de travailler avec vous en cesens, afin de parvenir à la paix et la sécurité internationales que les peuplesdu monde entier espèrent et méritent.
Je vous remercie.